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Michel ZORDAN présente des extraits de ses romans. Il se laisse également aller à quelques réflexions sur l’actualité.

05 Jan

les cahiers de mon père

Publié par Michel Zordan  - Catégories :  #Un auteur du Sud Ouest, #Michel Zordan, #les exilés de l'arcange

Mais une bestiole plus imposante je n’en vois qu’une : l’ours. Le dernier a été aperçu en Soule du côté de Mauléon, il y a une dizaine d’années. Je n’ai jamais entendu Maman, ni même personne d’autre parler d’ours dans la montagne Arradoy.

Fin 1929, pour échapper à la vindicte d’un fasciste fanatique papa décide de notre exil en France. Le 3 février 1930, la famille Montazini, Émilio, mon papa, Mariéta ma grande sœur et moi Sylvio, arrivons en Gascogne, dans le Gers. C’est au château Tourne Pique, dans la bourgade de Floréal que nous posons nos valises. À peine quatre mois plus tard, le capitaine Aristide Clément Autun, propriétaire du château, propose à papa d’acheter la ferme de L’Arcange. Délaissée depuis plusieurs années, ses terres sont réduites à l’état de friches, mais cela nous est complètement égal. Nous sommes les plus heureux au monde, nous avons  enfin une maison bien à nous et l’important est là…  

Mais une bestiole plus imposante je n’en vois qu’une : l’ours. Le dernier a été aperçu en Soule du côté de Mauléon, il y a une dizaine d’années. Je n’ai jamais entendu Maman, ni même personne d’autre parler d’ours dans la montagne Arradoy. Puis un grognement sourd venant de la pente, légèrement au-dessous de nous, à moins d’une dizaine de mètres se fait entendre. Le grognement se fait plus puissant et dans le même temps j’aperçois les baliveaux bouger assez brutalement. La bête est là, et s’avance vers nous. Je distingue une forme assez volumineuse se déplaçant sur ses pattes arrière. Réglisse a compris que le danger est imminent, qu’il doit agir vite. Sans attendre mon ordre, il fonce dans la pente. En moins de cinq secondes, la bataille s’engage, féroce. Réglisse ne pèse pas lourd face au mastodonte, cent vingt livres, contre trois à quatre cents, peut-être plus. Heureusement il est beaucoup plus souple. La pénombre m’empêche de bien distinguer, je n’entends que des grognements et n’entrevois que des mouvements. Des formes qui tantôt se mêlent, s’entremêlent et tantôt se démêlent. Je fixe la scène, angoissé, et impuissant. La seule chose que je puisse faire c’est attendre. La pente est assez raide, au beau milieu de la végétation, les combattants roulent dangereusement vers le bas. Ils vont bientôt atteindre le chemin en contrebas. Au-delà, c’est une petite falaise d’une dizaine de mètres. Sans trop en savoir la raison, je cours vers l’endroit fatidique. Lorsque j’y parviens, c’est trop tard, le vide vient d’avaler Réglisse et l’ours, seul un bruit sourd me parvient. Pendant quelques secondes c’est le silence total, puis il me semble entendre des gémissements, mais impossible de distinguer quoi que ce soit.

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