Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Michel ZORDAN présente des extraits de ses romans. Il se laisse également aller à quelques réflexions sur l’actualité.

12 Aug

La villa du truand

Publié par Michel Zordan  - Catégories :  #Michel Zordan, #Un auteur du Sud Ouest, #la villa du truand

la villa du truand
la villa du truand

Extrait - Je décide de rester pour la nuit sur le Rocher, et je réussis non sans mal à trouver une chambre. Pour la soirée, j’envisage une petite virée dans l’un des casinos. On fait toujours des rencontres intéressantes, ou du moins atypiques dans ces endroits fréquentés par des personnes qui espèrent gagner de l’argent, tout en sachant qu’elles en perdront. Je ne suis pas un adepte des jeux d’argent, trop rationnel pour ça. Je suis plutôt un contemplatif. Le spectacle de ces gens fascinés par le hasard d’une petite bille, et de dés jetés par une main innocente, ou même d’une carte, qui peuvent leur apporter fortune ou détresse m’étonnera toujours. J’adore également regarder ces individus les yeux hagards, rivés sur les trois rouleaux, et qui s’acharnent à glisser des paquets pièces dans ces machines, pour certaines les biens nommés « bandit manchot » qui ne leur rendra jamais et qui le savent. La preuve, c’est que lorsque l’une d’elles gagne, elle en est la première étonnée. Pour devenir riche, il faut sans cesse jouer, mais c’est à vous que revient la tâche de mettre les bons atouts dans votre jeu. Le hasard n’entre jamais, jamais en ligne de compte. Je dîne seul à une table du restaurant. Dîner seul est un premier signal fort pour les prédatrices. Ça veut dire que vous êtes une cible potentielle. Le type du repas que vous dégustez peut être aussi un deuxième bon indice. Dans ce type d’établissement chic, l’attaque directe n’est pas de mise. La prédatrice, au risque de perdre sa proie doit savoir attendre le bon moment, le bon endroit. Le bon moment et le bon endroit se situent souvent autour des tables de jeu. Lorsque vous êtes là, à miser nonchalamment quelques jetons sur le rouge, ou le noir. Le montant du jeton sera alors très révélateur. Le joueur compulsif, le vrai le dur, n’est presque jamais le bon client. La prédatrice va plutôt jeter son dévolu sur le contemplatif, celui qui est venu là pour se détendre. Ses premières constatations dans la salle à manger lui ont permis de sélectionner deux à trois candidats qui peuvent avoir du potentiel. Le caviar, le foie gras, le homard, le tout au champagne millésimé sont une bonne indication, mais cela reste à confirmer. Le candidat pourrait être un client lambda, qui est là pour se faire mousser et dépenser la prime de mille euros qu’il a caché à sa femme. Avec son repas haut de gamme, il l’a déjà bien écorné sa prime, alors il misera avec de petits jetons et la prédatrice l’éliminera illico. Par contre, si le candidat jette ça et là quelques gros jetons, sans trop s’attarder, à la première occasion, elle passera à l’attaque. Un jeton, une écharpe qui s’échappe de ses mains et la proie est ferrée.

– Merci bien monsieur, vous êtes très aimable. Je ne sais pas ce que j’ai aujourd’hui, mais je suis…

Le petit rire qui va avec, et le monsieur est emballé. Elle sait qu’il sait, ce qu’elle est, mais les convenances, les apparences sont sauves… Brune piquante, plutôt jolie, sûrement plus proche de quarante que de trente, ma prédatrice répond au doux prénom de Claudia. Claudia, c’est la classe incarnée, sexy sans aucune excentricité. Chaussures de grande marque, vêtements et bijoux assortis. En clair ce n’est pas le genre à se laisser culbuter sur la banquette arrière d’un vieux pickup. C’est plutôt le style, souper fin aux chandelles et draps de soie, à deux mille euros la séance. Même si les prénoms en « a » font toujours autant fantasmer, mon intention n’est pas de terminer la soirée, ni même la nuit avec Claudia. Alaïs a pleinement remplie son contrat la nuit dernière. Je sais que Claudia ne sera qu’une pâle copie. Alaïs recherche le fun de l’interdit, l’aventure, les sensations fortes. Le petit cadeau, c’est juste un prétexte, la cerise sur le gâteau. Claudia ne cherche que le fric. Mais pour le moment, entre une coupe de Champagne au bar et quelques jetons que je glisse discrètement dans ses mains, sa compagnie me va très bien. Je m’amuse de sa technique. Lorsque je fais semblant de trop m’intéresser à une table, elle s’agite pour m’attirer plus loin. Sa hantise, c’est que je m’assois, que je m’incruste et que je dilapide le fric qu’elle convoite. Vers onze heures, son manège ne m’amuse plus du tout. Alors je sors une technique imparable. Je l’invite au bar, et je regarde ma montre en soupirant, comme pour dire, que le temps passe vite, puis je joue ma partition.

– Tu es vraiment magnifique Claudia, je me sens bien avec toi, dommage que je ne t’ai pas rencontrée plus tôt, dans d’autres circonstances. Mais mon épouse est à l’hôtel, j’ai juste la permission de minuit. Mais peut-être que nous pourrions…

Commenter cet article

Archives

À propos

Michel ZORDAN présente des extraits de ses romans. Il se laisse également aller à quelques réflexions sur l’actualité.