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Michel ZORDAN présente des extraits de ses romans. Il se laisse également aller à quelques réflexions sur l’actualité.

21 Jan

Gaillard, seigneur de Saint-Cirq

Publié par Michel Zordan  - Catégories :  #Michel Zordan, #médias, #un auteur du sud ouest, #roman, #contes et légendes

la louve de Notre-Dame

Extrait - Lorsque nous arrivâmes au bas-fourneau, devant nous, une autre charrette était déjà en plein chargement. L’acier se présentait sous forme de petits lingots de différentes grosseurs. Le patron, Simon Enguerrand, s’approcha de nous :

– Je vous baille le bonjour, mes seigneurs. Alors Maître Fromentin, comment trouvez-vous mon acier ? Celui que je vous propose aujourd’hui est encore meilleur.

– Tenez mon ami, voyez la lame que j’en ai forgée ! Il prend mieux la trempe, il est plus souple et bien plus résistant. Cette lame est plus mince, plus souple ; l’affûtage est bien plus précis et surtout, la lame est bien plus résistante. Lorsqu’il y a un choc, le fil se plie mais ne rompt point. Facile à reprendre !

Pendant qu’Adelphe donnait des instructions pour le chargement, je poursuivais la conversation avec le ferronnier. Nous parlâmes de choses et d’autres. De l’homme à la trogne tailladée que les fauves gardaient bien au chaud. Je lui racontai ma mésaventure et ce qu’il était advenu de mes agresseurs :

– Dites-moi, Maître Enguerrand, j’ai tout à l’heure posé une question qui semblait embarrassante. Il y a par chez nous, un bougre du nom de Helgaud. J’ai ouï-dire qu’il venait de par ici. Je voulais juste savoir s’il avait quelque chose à se reprocher.

Le ferronnier ne répondit pas tout de suite, il me jaugea, puis se lança :

– Effectivement, la question est embarrassante. L’homme a disparu il y a deux à trois mois. Il a commis une agression sur un seigneur de la contrée. Il est recherché par le prévôt de Marmande et même celui de Tonneins. S’il est retrouvé, le plus doux pour lui sera la roue. Ce seigneur, tout le monde le connaît pour sa sauvagerie envers les femmes. Et justement, Margo, la femme du dénommé Helgaud, a été retrouvée quelques jours plus tôt, sauvagement assassinée et violentée. Le prévôt avait mis ça sur le compte d’un vagabond, un saltimbanque. Mais pour Helgaud, le coupable ce n’était pas le vagabond, mais Rudolph Sigefroi, le seigneur de Grateloup. Alors, Helgaud a tendu un piège à cet homme : une corde au travers d’une clairière Rudolph Sigefroi était en traque, le cheval a basculé, et Rudolph Sigefroi, avec. Helgaud l’a émasculé et a donné les parties génitales à bouffer à ses chiens.

– Fichtre, quel mets de choix ! Et vous, vous en pensez quoi ?

– Moi, je n’en pense rien, ou plutôt si. Vaut mieux ne pas parler de cette affaire. Surtout ne pas dire où Helgaud se cache. C’est un brave homme, il travaillait pour moi, pas vindicatif pour un denier. S’il a fait ça, c’est qu’il avait ses raisons. Rudolph Sigefroi s’est marié l’année passée ; sa femme, elle n’a que dix sept ans. Margo, la défunte de Helgaud, était sa chambrière, elles avaient le même âge. Il va avoir un problème pour la descendance, le seigneur de Grateloup. Il pourra toujours se faire aider ! la Dame de Grateloup, elle est plutôt jolie.

– Je comprends, et le saltimbanque, il a été retrouvé ?

– Non, mais il aurait commis un autre crime plus au sud. Il aurait été exécuté.

Je repensai alors au troubadour, Sulion le mendigot, l’assassin d’Asseline.

– Ce troubadour, vous connaîtriez son nom ?

– Non, mais j’ai ouï dire qu’il avait ses habitudes à Marmande.

Sans en avoir l’air, j’abordai le sujet des Templiers. Depuis plus d’un an, ils étaient déjà venus à sept reprises. On disait même que Helgaud se serait caché dans l’une de leur charrette pour fuir. Maître Enguerrand pensait qu’un acier de cette qualité devait servir à fabriquer des armes, mais il semblait ignorer la destination. Je ne lui parlai pas du passage secret qui reliait l’auberge au lieu-dit Femme-Morte.

Vers le milieu de la matinée, le chargement achevé, j’attachai la Taillade derrière la charrette et nous pûmes repartir. Le maraud suivait le train, parfois il trébuchait et se faisait tirer sur une dizaine, une quinzaine de pas. Puis il se rétablissait. Un peu avant Tonneins, il trébucha mais ne put se relever. Adelphe arrêta les chevaux, et je chargeai la Taillade à l’arrière de la charrette. Le lendemain samedi, nous atteignîmes l’atelier d’Adelphe à la nuit bien noire. Après s’être occupé de ses bêtes, Adelphe nous invita, mes fauves et moi, chez lui à manger un morceau. La Taillade resta ficelé dans l’étable. J’avais une nouvelle fois vérifié sa blessure, la médication des Templiers semblait efficace. Demain, jour du seigneur, après la première messe, je le conduirais chez le prévôt à Nérac. Acheter d'occasion à 3 €>>>>

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