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Michel ZORDAN présente des extraits de ses romans. Il se laisse également aller à quelques réflexions sur l’actualité.

16 Aug

les raisons de l'exil

Publié par Michel Zordan  - Catégories :  #Michel zordan, #Un auteur du Sud Ouest, #les exilés de l'arcange, #roman

les raisons de l'exil

Extrait - J’avais l’impression que notre père ne nous confiait pas le fond de sa pensée. Mario Estellio, le commissaire de l’Aquila était un fasciste, modéré certes, mais un fasciste quand même. C’était bien lui qui nous avait aidés à vendre notre maison et à quitter l’Italie. Peut-être que les antifascistes avaient des hommes à eux infiltrés dans les services d’immigrations. Des hommes qui transmettaient le signalement des personnes qui obtenaient plus facilement que d’autres l’autorisation de quitter l’Italie. Nous devions donc, nous méfier des fascistes et des antifascistes. Depuis l’intervention des brigades à Vallecrosia, nous aurions dû être inquiets, moi je ne l’étais pas, Mariéta et papa ne semblaient pas l’être davantage. La force de croire, malgré ce dérapage, que tout se passerait bien, ne nous avait pas quitté. Nous passâmes le reste de la journée à parler de chose et d’autre, et de notre avenir en France. Un petit détail nous avait surpris et amusé lorsque nous avions reçus les documents d’immigration acceptés par l’administration française. Nos prénoms avaient été légèrement modifiés. Marietta était devenue Mariéta, Emilio, Émilio et Silvio, Sylvio. En Italie les accents rentrants ou sortants n’étaient utilisés sur les voyelles, qu’à la fin de mots, en français on pouvait apparemment les intercaler n’importe où. En ce qui concernait mon prénom, le i avait été remplacé par une lettre en forme de fourche à deux pointes, le y, lettre qui n’existait pas dans l’alphabet italien. Pour nous c’était plutôt drôle, nous changions de pays et de prénom. La nuit tomba, et nous eurent droit à une lampe tempête, ansi qu’à une nouvelle assiette de soupe, bien chaude. Vers 11 heures 30, le chapeau crasseux refit son apparition, toujours vêtu de la même façon.

– Jeune homme vient m’aider à atteler Alida, c’est elle qui va nous conduire.

Alida était l’un des Ardennais, très impressionnante, mais aussi très douce. J’appris que cette jument avait 8 ans, et que le chapeau crasseux l’avait acheté en France à un an. Á minuit pile, bien emmitouflé, nous embarquâmes dans le charreton rempli de paille. La neige ne tombait plus, le froid était sec. Rapidement, le train train régulier de l’attelage nous emporta, Mariéta et moi vers le pays des songes.

Nous fûmes réveillés en sursaut, le charreton était secoué dans tous les sens. Alida gisait sur le sol, elle hennissait et se débattait violement. Faiblement éclairée par la lune, le spectacle était hallucinant, un véritable cauchemar, mais tout était vrai.

– Mariéta, Sylvio, descendez-vite ! Sous la neige, la glace est partout, tout est gelé. Le cheval a fait un écart, un animal, sans doute un loup, lui a fait peur, et il est tombé.

Nous étions dans une montée assez raide. Le chapeau crasseux tentait de faire relever la jument, empêtrée dans les brancards et le harnachement, elle n’avait plus aucun point d’appuis. Notre père essayait lui aussi, tant bien que mal d’aider la bête, mais il ne savait pas trop comment s’y prendre. Après trois à quatre minutes d’angoisse, le passeur arriva à calmer Alida.

S’adressant à papa :

– Je vais la maintenir au sol, vous allez essayer de détacher le charreton et de le dégager vers l’arrière. Allez-y doucement…

Le charreton n’avait heureusement pas versé, mais le brancard de gauche était cassé. Notre père réussi à dégager celui de droite, l’autre restait coincé sous la bête. Le passeur parvint enfin à redresser légèrement Alida, mais la bête restait toujours à terre. Papa dégagea le brancard brisé et nous l’aidâmes à tirer le charreton vers l’arrière.

– Sylvio, Mariéta, attrapez des pierres, et des branches et callez les roues, sinon tout va filler vers le bas !

Alida se maintenait maintenant debout, mais elle ne posait plus son antérieur gauche sur le sol, celle-ci semblait touchée et il n’était plus question de l’atteler.

– Désolé pour le contretemps, mais je vais être obligé de retourner chez moi. Vous allez continuer ce chemin, pendant une heure environ. Sur la droite, un peu en hauteur, vous trouverez une cabane de berger. Je serais de retour la nuit prochaine, pas question de vadrouiller par ici de jour. Débrouillez-vous pour faire un feu et attendez-moi. Ah oui, faites quand même attention, par ici il reste quelques loups. L’hiver, la faim les rapproche des maisons. C’est sûrement l’un d’eux qui à fait peur à Alida. Restez bien groupé.

Ces mots n’étaient pas faits pour nous rassurer, Mariéta et moi. Avant de partir, le chapeau crasseux tendit un briquet à Papa.

– Papa, tu crois que les loups vont nous attaquer, tu crois qu’ils nous veillent ?

– Ne t’inquiète pas Mariéta, les loups peuvent s’attaquer aux animaux, même aux chevaux, mais pas aux humains.

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