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Michel ZORDAN présente des extraits de ses romans. Il se laisse également aller à quelques réflexions sur l’actualité.

30 Apr

les cahiers de mon père

Publié par Michel Zordan  - Catégories :  #Michel Zordan, #médias, #les exilés de l'arcange, #Loisirs&Culture, #Littérature, #roman, #Un auteur du Sud Ouest, #rentrée littéraire

les cahiers de mon père
les cahiers de mon père

Extrait : C’est grand-père qui m’a apporté les cahiers à la ferme Etchebéry, le jour même de mes quinze ans, un véritable trésor. Dans ces lignes à l’écriture régulière, flotte en permanence l’esprit de mon père. Je découvre écrit de sa main, parfois encore sous le choc de l’émotion, des situations qui me tirent les larmes des yeux. D’autres des sourires et même des éclats de rire que je dispense sans modération. De toute façon, assis sur un rocher tout en haut dans la Montagne Arradoy, à part Réglisse, Gribouille et les brebis, personne ne peut m’entendre. Ce qui m’étonne un peu c’est le style de l’écriture. Des premières lignes aux toutes dernières, il n’a pas véritablement changé, pourtant plus de vingt années se sont écoulées. Dès les premiers cahiers, que mon père a intitulé « Les raisons de l’exil » une fascination s’installe, un attrait qui s’amplifie tous les jours un peu plus. Je m’attelle à la lecture dès que j’atteins le sommet de L’Arradoy, jamais ailleurs. Ce sommet est pour moi comme un sanctuaire, un lieu sacré, un peu comme une église, un temple pour les croyants. Lorsque le temps tourne au maussade, je rejoins une maisonnette que j’ai moi-même restaurée il y a deux étés. Ganiz, le grand-père Ezkerra qui s’occupe de notre troupeau lorsque je suis au collège, m’a bien aidé. Prisonnière des ronces durant des décennies, nous l’avons délivré, remonté les murs de pierres taillées et de galets, et refait le toit de lauzes. L’intérieur est garni d’une excellente paillasse de foin bien sec. J’ai attendu les grandes vacances pour commencer à lire mon héritage. Chaque matin, je monte dans les estives avec Réglisse, Gribouille et le troupeau ; et le soir venu, je redescends vers la ferme Etchebéry, en ne pensant qu’au jour qui va suivre et qui me permettra de poursuivre. Je ne propose même plus à maman de m’accompagner, ce qu’elle faisait de temps à autre l’année passée. Préférant être seul pour dévorer les lignes. Elle a compris et ne s’en offusque pas. D’ailleurs son travail à la fromagerie lui laisse peu de temps. Je sais qu’un jour ou l’autre j’arriverais au passage de sa rencontre avec papa, mais je ne suis pas pressé. Je veux juste m’imprégner de cet extraordinaire héritage que je peux vivre au travers de ces lignes. Je dévore, mais en dégustant, sans me presser, comme un privilège que moi seul possède. Relisant certains passages que je pense avoir mal compris, ou qui me paraissent plus importants que les autres. Ah, un petit détail, les cahiers que j’amène avec moi, ils sont dans mon sac à dos, celui que papa m’a offert pour mes huit ou neuf ans. Il est toujours en très bon état.

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