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Michel ZORDAN présente des extraits de ses romans. Il se laisse également aller à quelques réflexions sur l’actualité.

17 Jan

foie gras façon kalach

Publié par Michel Zordan  - Catégories :  #Loisirs&Culture, #le net au pré, #roman, #Un auteur du Sud Ouest, #Michel Zordan

foie gras façon kalach

Début octobre, nous apprenons que le golf et le complexe immobilier de Saint-Jean ont de nouveau été vendus. Cette fois à un milliardaire russe, Vladimir Prokhor, un ami du président du même prénom. Son met favori serait le foie gras à la vodka…d’après ce qui se raconte sur le marché et au café Chez Virgile, quatre prétendants étaient sur le coup. Le winner, le russe Vladimir Prokhor; un Qatari ; un Parisien qui a élu domicile en Belgique ; et un Grec qui a pris la précaution d’exiler sa fortune au Luxembourg.

Pour reprendre le fil de l’histoire. C’est à la fin de l’année passer, après quelques péripéties, qu’un Chinois, Xiong Li reprend les billes de l’américain Austin Alexander Abbott initiateur du projet. Suite au bain de boue trop prolongé du sieur Xiong Li, un second Chinois, Zhijang Shi, récupère le business, mais c’est juste pour le temps de refaire l’emballage.

Pour ceux qui n’auraient pas encore lu les trois précédents ouvrages …mes parents, Amélie et Marcel Beaumont m’ont prénommé Martial. Je suis leur seul et unique enfant et j’ai grandi au Bouscarot, une petite ferme située au sud de Saint-Jean/Automne, toujours habitée par mes parents. Petits détails supplémentaires sur ma personne, j’approche de la trentaine et au grand désespoir de maman je suis toujours célibataire.

Vous ne savez toujours pas grand- chose sur le bourg de Saint-Jean-sur-Automne et c’est bien dommage. Il y a encore quelques années, c’était un gentillet village, comme on en rencontre légion en Sud-ouest. Un jour, à l’étonnement de tous, le curé, le père Deslandes reprend le petit commerce d’épicerie-mercerie-bureau de tabac tenu pendant presque un siècle par la mère Tancogne. La quête et le denier du culte, ce n’était plus suffisant pour faire survivre la paroisse. Sûrement inspiré par le Tout-Puissant, et de nouveau à l’étonnement de tous (vous ne trouvez pas bizarre que les bonnes idées étonnent toujours ?) il transforme la petite vieille épicerie et la grande remise contigüe en une espèce de magasin moyen, du genre « supérette moderne, mais à l’ancienne ». Ou pour les nostalgiques des westerns, en « général store de l’Ouest américain ». Les paquets de café en grain, les pâtes au détail, et les légumes côtoient sans complexe les robes de soirée en satin, les tissus au mètre, et les paquets de cartouches de chasse ; on y trouve de tout, mais surtout des produits d’une autre époque au Presbytère. Le Presbytère, c’est le nom du magasin. Pour les nostalgiques du passé cette fois, entre deux plaques de chocolat Cémoi, paradent des paquets de chicorée Arlatte, des pâtes Brusson Jeune, des biscuits Gazon ou encore du chocolat Lombard et… et des attrape-mouches bien gluants et très efficaces que l’on suspend au plafond dans les cuisines. Les plus anciens se souviennent de ces attrape-mouches en forme de serpentins que l’on déplie. En même temps ça servait d’attraction. Il n’y avait pas de télé, et voir une mouche se faire prendre par une aile et se débattre durant des heures, ça valait sûrement une émission de téléréalité d’aujourd’hui. À mon avis, côté cerveau des participants, ça devait être kif-kif, avec quand même un petit avantage pour les mouches. Et en plus c’était du vrai direct, pardon « live », pas de possibilité de magouillage au montage. Pour les enfants certains magasins installent des jeux. Le curé lui, a installé sur un rayon à mi-hauteur (hauteur des yeux pour les gosses) des dizaines et des dizaines de bocaux de sucrerie. Carambars, caramels, sucettes, réglisse, guimauve, boules de gomme, nougats, pâtes d’amande ; j’arrête, je prends du poids juste en les énumérant. Même les grands et surtout les grands s’y laissent prendre. Ils ont une excuse, ils achètent pour les petits et en prennent juste une poignée au passage. En quelques semaines le bouche-à-oreille a très bien fonctionné et le Presbytère est rapidement devenu une attraction touristique. Piqué au vif, notre boulanger Olivier Aignard, ancien rugbymen, 2mètres10 sous la toise, 0T137 sur la balance (il y a eu inflation depuis le dernier roman), transforma sa boulangerie contemporaine en boulangerie des temps anciens : four à bois, enseigne émaillé, étagères poussiéreuses et tout le reste. Même sa femme Odette et sa nouvelle vendeuse Étiennette (l’ancienne, Patricia s’est mariée et ne travaille plus) sont habillées d’époque et…ça marche. Puis le bar, lui aussi contemporain fut transformé en café restaurant auberge d’époque, par un maître queux parisien. Virgile Grangveneur en avait assez de servir de la cuisine « new » dans la capitale. Profitant de l’aubaine et d’une substantielle prime du département, de la région, du pays et de l’Europe (c’est-à-dire nous), un fabricant de bougies, un maréchal-ferrant, un sabotier, un bourrelier, un barbier coiffeur, un batteur d’étain, un cordonnier sont venus s’installer. La grand-rue a été pavée façon médiévale. On a ressorti les vestiges d’un lavoir en laissant croire qu’il s’agissait des vestiges d’une forteresse et le tour était joué. Mais c’est pas fini, profitant encore et toujours de la profusion de fonds, se déversant sans compter, de la communauté de communes, du département, de la région, et de l’Europe (encore et toujours nous) le conseil municipal votait même la restauration de la vieille halle (sauf qu’il n’y a jamais eu de veille halle à Saint-Jean.) L’ancienne datait d’une quinzaine d’années, celle d’aujourd’hui semble dater du XIV°. Aujourd’hui on ne parle plus du village de Saint-Jean, mais du bourg de Saint-Jean. Été, comme hiver, ça remue. Et les jours de marché, c’est même la cohue. Petit détail qui a son importance, la boutique du curé, le général store de Saint-Jean est tenu par une jeune et très charmante jeune femme qui répond au doux prénom d’Émilie. On ne sait trop rien ou presque d’Émilie, et certaines mauvaises langues se laissent aller à insinuer qu’entre elle et le curé…le père Deslandes… Bref, vous l’aurez compris… Des mauvaises langues… Ils cohabitent dans la même maison, ça ne veut pas dire dans le même lit, et c’est sûrement pour faire des économies. Les gens tout de suite… Bref, je ne vais pas en rajouter. Encore un détail, en été, le premier week-end d’août a lieu au bourg de Saint-Jean la grande « fête paysanne », qui prend pour l’occasion des allures d’un magistral concert gastronomique. On y vient de tout le Sud-ouest pour vendre à Saint-Jean et la terre entière s’y rend pour acheter (j’exagère à peine). Durant quatre jours, le marché fermier s’étend sur plus de trois hectares. Pour ceux ou celles, qui ne sauraient pas, cela fait trente mille mètres carrés. Pour ceux ou celles qui ne se rendraient toujours pas compte, je vous conseille de dessiner un carré d’un mètre de coté et de le multiplier par 30 000. Pour ceux ou celles qui n’auraient toujours pas compris, arrêtez de réfléchir et venez vous rendre compte sur place. Le menu basses calories : on attaque au petit déjeuner avec saucisses et ventrèche grillées arrosés au Buzet. Vous pouvez aussi opter pour des huitres du bassin d’Arcachon et du foie gras artisanal. Matin, midi et soir et jusqu’à pas d’heure, c’est ripaille. Chaque jour, trois pourceaux et une génisse Blonde d’Aquitaine sont sacrifiés pour satisfaire vos estomacs. Bon nombre de personnes sont persuadées que le Bon Dieu a créé ce coin du monde (il ne faut pas oublier que c’est grâce au curé si une lumière céleste a soudainement éclairé le bourg) pour permettre aux palais avertis d’y trouver le Graal. La quintessence des saveurs, c’est ici et nulle part ailleurs. Je ne suis pas le seul à affirmer que le Sud-ouest est la grande surface de l’excellence et du raffinement gustatif. D’autres ont bien tenté de reproduire le concept, mais pas avec le même bonheur. Vous pensez toujours que j’exagère, mais je peux vous l’affirmer, ici les papilles sont toujours à batifoler de gauche et de droite, jamais au repos les gourmandes ! Venez-y une fois et vous comprendrez.

Je ne vous l’avais peut-être pas dit, tout simplement parce que ça n’avait jusqu’à maintenant aucune espèce d’importance. Aujourd’hui, si… Dans le complexe immobilier situé à proximité du golf, l’américain Abbott avait prévu d’aménager quelques appartements de haut standing, un hôtel-restaurant de luxe et un musée des saveurs, consacrés aux spécialités du Sud-ouest avec sa boutique (culture et fric, l’un ne va plus sans l’autre). Le projet en court, comme le golf avait été repris par le chinois Xiong Li, puis par Zhijang Shi et aujourd’hui par Vladimir Prokhor, le milliardaire russe. Compte tenu des péripéties anciennes et récentes, les travaux ont pris quelques retards, mais ils sont maintenant sur le point de s’achever. Les actionnaires (dont je fais partie) de la société qui gère le musée et la boutique m’ont proposé d’en devenir le directeur. Après cinq années passées à Bordeaux, je suis de retour au bercail. Maman est ravie et papa aussi, mais lui n’en parle pas à tous ceux qu’il croise. Ah oui, encore un détail qui a, pour mes parents et même moi une très grande importance. Papa a décidé de vendre ses vaches et d’arrêter ses activités de paysan. Ça, c’est du banal. Ce qui l’est moins en revanche, c’est la transformation de la vieille étable en chambres d’hôtes « cinq étoiles ». C’est d’ailleurs toute la ferme qui a subi une cure de jouvence. Sur les conseils et l’aide d’une ancienne petite amie et désormais simple amie, architecte de son état, l’ensemble a été pensé façon refuge pour riches touristes à la recherche d’une vie simple et authentique. Au Bouscarot, il y a le luxe et le dépaysement qui sied à une certaine clientèle. Mais le lieu conserve l’authenticité d’une véritable ferme, avec à bonne distance, son poulailler, ses cochons, ses vaches, ses veaux, ses moutons, son potager, et son verger. Je vous rassure, la piscine à vague est en bonne place.

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