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Michel ZORDAN présente des extraits de ses romans. Il se laisse également aller à quelques réflexions sur l’actualité.

13 Oct

foie gras façon kalach

Publié par Michel Zordan  - Catégories :  #Littérature, #le net au pré, #Michel Zordan, #Un auteur du Sud Ouest

foie gras façon kalachExtrait -Vous ne savez toujours pas grand- chose sur le bourg de Saint-Jean-sur-Automne et c’est bien dommage. Il y a encore quelques années, c’était un gentillet village, comme on en rencontre légion en Sud-ouest. Un jour, à l’étonnement de tous, le curé, le père Deslandes reprend le petit commerce d’épicerie-mercerie-bureau de tabac tenu pendant presque un siècle par la mère Tancogne. La quête et le denier du culte, ce n’était plus suffisant pour faire survivre la paroisse. Sûrement inspiré par le Tout-Puissant, et de nouveau à l’étonnement de tous (vous ne trouvez pas bizarre que les bonnes idées étonnent toujours ?) il transforme la petite vieille épicerie et la grande remise contigüe en une espèce de magasin moyen, du genre « supérette moderne, mais à l’ancienne ». Ou pour les nostalgiques des westerns, en « général store de l’Ouest américain ». Les paquets de café en grain, les pâtes au détail, et les légumes côtoient sans complexe les robes de soirée en satin, les tissus au mètre, et les paquets de cartouches de chasse ; on y trouve de tout, mais surtout des produits d’une autre époque au Presbytère. Le Presbytère, c’est le nom du magasin. Pour les nostalgiques du passé cette fois, entre deux plaques de chocolat Cémoi, paradent des paquets de chicorée Arlatte, des pâtes Brusson Jeune, des biscuits Gazon ou encore du chocolat Lombard et… et des attrape-mouches bien gluants et très efficaces que l’on suspend au plafond dans les cuisines. Les plus anciens se souviennent de ces attrape-mouches en forme de serpentins que l’on déplie. En même temps ça servait d’attraction. Il n’y avait pas de télé, et voir une mouche se faire prendre par une aile et se débattre durant des heures, ça valait sûrement une émission de téléréalité d’aujourd’hui. À mon avis, côté cerveau des participants, ça devait être kif-kif, avec quand même un petit avantage pour les mouches. Et en plus c’était du vrai direct, pardon « live », pas de possibilité de magouillage au montage. Pour les enfants certains magasins installent des jeux. Le curé lui, a installé sur un rayon à mi-hauteur (hauteur des yeux pour les gosses) des dizaines et des dizaines de bocaux de sucrerie. Carambars, caramels, sucettes, réglisse, guimauve, boules de gomme, nougats, pâtes d’amande ; j’arrête, je prends du poids juste en les énumérant. Même les grands et surtout les grands s’y laissent prendre. Ils ont une excuse, ils achètent pour les petits et en prennent juste une poignée au passage. En quelques semaines le bouche-à-oreille a très bien fonctionné et le Presbytère est rapidement devenu une attraction touristique. Piqué au vif, notre boulanger Olivier Aignard, ancien rugbymen, 2mètres10 sous la toise, 0T137 sur la balance (il y a eu inflation depuis le dernier roman), transforma sa boulangerie contemporaine en boulangerie des temps anciens : four à bois, enseigne émaillé, étagères poussiéreuses et tout le reste. Même sa femme Odette et sa nouvelle vendeuse Étiennette (l’ancienne, Patricia s’est mariée et ne travaille plus) sont habillées d’époque et…ça marche. Puis le bar, lui aussi contemporain, fut transformé en café restaurant auberge d’époque, par un maître queux parisien. Virgile Grangveneur en avait assez de servir de la cuisine « new » dans la capitale. Profitant de l’aubaine et d’une substantielle prime du département, de la région, du pays et de l’Europe (c’est-à-dire nous), un fabricant de bougies, un maréchal-ferrant, un sabotier, un bourrelier, un barbier coiffeur, un batteur d’étain, un cordonnier sont venus s’installer. La grand-rue a été pavée façon médiévale. On a ressorti les vestiges d’un lavoir en laissant croire qu’il s’agissait des vestiges d’une forteresse et le tour était joué. Mais c’est pas fini, profitant encore et toujours de la profusion de fonds, se déversant sans compter, de la communauté de communes, du département, de la région, et de l’Europe (encore et toujours nous) le conseil municipal votait même la restauration de la vieille halle (sauf qu’il n’y a jamais eu de veille halle à Saint-Jean.) L’ancienne datait d’une quinzaine d’années, celle d’aujourd’hui, flambant neuve semble dater du XIV°. On ne parle plus du village de Saint-Jean, mais du bourg de Saint-Jean. Été, comme hiver, ça remue. Et les jours de marché, c’est même la cohue. Petit détail qui a son importance, la boutique du curé, le général store de Saint-Jean est tenu par une jeune et très charmante jeune femme qui répond au doux prénom d’Émilie. On ne sait trop rien ou presque d’Émilie, et certaines mauvaises langues se laissent aller à insinuer qu’entre elle et le curé…le père Deslandes… Bref, vous l’aurez compris… Des mauvaises langues… C’est vrai, ils cohabitent sous le même toit, dans la même maison, mais ça ne veut pas dire dans le même lit, et c’est sûrement pour faire des économies. Les gens tout de suite… Bref, je ne vais pas en rajouter. Encore un détail ; en été, le premier week-end d’août a lieu au bourg de Saint-Jean la grande, la très grande, la gigantesque « fête paysanne », qui prend pour l’occasion des allures d’un magistral concert gastronomique.

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