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Michel ZORDAN présente des extraits de ses romans. Il se laisse également aller à quelques réflexions sur l’actualité.

07 Apr

la princesse de bronze

Publié par Michel Zordan  - Catégories :  #médias, #Michel Zordan, #la princesse de bronze, #Loisirs&Culture, #Littérature, #roman, #rentrée littéraire, #Un auteur du Sud Ouest

la princesse de bronze
la princesse de bronze

Extrait - Les nouvelles technologies qui nous entourent, qui nous assaillent, qui nous harcèlent au quotidien, que cachent-elles exactement? Sont-elles là juste pour nous faciliter l’existence, pour nous aider au jour le jour ? Quels profits ceux qui en sont à l’origine espèrent-ils en tirer ? Ces profits pourraient-ils être autres que pécuniaires ?

Tout avait réellement commencé quelques siècles plus tôt. Mais était-ce le hasard qui aujourd’hui faisait rebondir cette histoire dans ma vie ?

Dans un appartement du 4e étage, au 4 allée Adrienne Lecouvreur à Paris…

Je suis la fille du roi Huitzilihuitl, fils d’Acamapitchtli et petit fils de Culhuacan. Je suis née en 1397. Mon père devint le 2° Tlatoani, roi-prêtre des Aztèques à la mort de son père en 1396. Je vivais dans la cité de Tenochtitlan, construite sur un îlot du lac Texcoco, à l’endroit même ou l’aigle dévorait le serpent. Cette terre appartenait aux Tépanèques d’Azcapotzalco. Ma mère était l’une des filles de Tezozomoc le souverain d’Azcapotzalco. Je suis le premier enfant de Huitzilihuitl et de la fille de Tezozomoc. Mon frère Chimalpopoca était le favori de notre grand grand-père Tezozomoc, le souverain d’Azcapotzalco. Durant le règne de mon père Huitzilihuitl, la cité de Tenochtitlan prit un essor considérable. Cette puissance naissante devenait une source d’inquiétude pour certaines tribus Tépanèques. À la mort de mon père, en 1415, mon frère Chimalpopoca fût élu roi de Tecnochitlan et l’inquiétude des tribus Tépanèques se transforma en hostilité. Pour calmer leur animosité, mon frère, le roi de Tecnochitlan me proposa comme épouse à Penamotzaloc l’un des fils d’Azalimotzilochli grand chef de l’une des tribus Tépanèques. Penamotzaloc n’était alors âgé que 8 ans, et ne pouvant officiellement devenir son épouse, je devais demeurer sa fiancée à ses côtés jusqu’à ce qu’il est atteint l’âge de 12 ans. Lorsqu’il mourut à 11 ans, quelques mois avant notre mariage, son père Azalimotzilochli exigea que je demeure éternellement à ses côtés. Mon corps sacrifié fût alors soumis à un rituel étrange. L’énergie dégagée par ma crémation fût utilisée pour créer une petite statuette de bronze qui accompagna le corps du jeune Penamotzaloc dans sa dernière demeure. Depuis ces temps immémoriaux, mon âme et mon corps, vivent emprisonnés dans cet habit de métal.

En 1985, après des siècles et des siècles, des pilleurs de tombes, s’emparèrent de moi. Je passai alors de mains en mains, de marchand en marchand et d’étal en étal. Les clients me prenaient dans leurs mains, certains laissaient leurs doigts caresser mes courbes. Puis ils me reposaient négligemment sur l’étagère comme une vulgaire marchandise.

Un jour la chance me sourit enfin, les doigts délicats d’une jeune femme s’attardèrent sur le métal poli de mon corps et j’eus le sentiment que la renaissance était peut-être pour bientôt. Je me suis ensuite retrouvée dans une grande maison. De la cheminée sur laquelle un homme m’avait installée, je pouvais admirer un immense édifice fait de poutre en métal et de rivets. Lorsque les rideaux n’étaient pas fermés mes yeux s’amusaient de tous ces gens qui montaient et descendaient ou qui marchaient sur la grande place.

Un jour où la neige recouvrait tous les toits, les flammes commencèrent à réchauffer les pierres froides de la cheminée. C’est alors que je sentis monter en moi, une énergie que je n’avais pas ressentie depuis des siècles. Pendant quelques heures, j’eus l’impression de reprendre possession de mon corps, de sentir à nouveau le sang couler dans mes veines. Puis les flammes commencèrent à baisser d’intensité et mon corps retourna dans l’obscurité. Pendant plusieurs jours, l’homme qui était devenu mon maître ralluma ce feu qui me redonnait un peu de vie. Mais à chaque fois la tiédeur des flammes ne faisait que caresser mon corps, l’énergie dégagée n’était pas assez puissante, pas assez vive pour me sortir de la torpeur des ces siècles de solitude. De temps à autre l’homme me prenait dans ses mains, mais ses doigts virils ne faisaient qu’activer mon désir de renaître à la vie. Petit à petit un sentiment de frustration s’installa en moi et je commençai à haïr cet homme qui semblait se jouer de moi. Un soir enfin la chaleur se fit beaucoup plus intense, j’eus l’impression que mon cœur recommençait à battre et l’espoir était de nouveau là. Mais cet espoir fut de courte durée. La jeune femme qui m’avait choisi chez le marchand fit son apparition, elle s’approcha de moi et comme une provocation elle effleura de ses doigts ma peau de bronze. Ensuite elle défit ses vêtements et s’allongea sur le tapis devant les flammes qui crépitaient. L’homme la rejoignit très rapidement et la grande pièce, seulement éclairée par la lueur des bûches en fusion s’emplit de soupirs et d’invites au plaisir. Je vivais cette scène de cauchemar dans une désespérance totale. Lorsque le silence enveloppa de nouveau la pièce, la jeune femme se leva et me montra du doigt.

– Regardes mon chéri, elle a l’air en colère, son regard est plus intense, on à l’impression qu’elle vit.

L’homme se leva à son tour, me prit dans sa main et ajouta à mon supplice en caressant sensuellement mes formes. Puis il me reposa négligemment sur la cheminée, avant de retrouver la jeune femme qui s’était de nouveau allongée sur le tapis. À cet instant j’aurai préféré être de nouveau, sacrifiée, jetée dans le feu et disparaître à tout jamais.

J’ai alors imploré Huitzilopochtli le Dieu des Aztèques pour lui demander d’arrêter ce supplice. À ma grande surprise, c’est Coyolxauqui, sa sœur qui m’est apparue.

– Fille du roi Huitzilihuitl, je suis Coyolxauqui, la déesse de la lune et des ténèbres, je règne sur le peuple Aztèque. Mais tu peux m’appeler Xauqui, c’est le surnom que m’avait donné ma mère Coatlicue, la déesse de la Terre. Très jeune mon frère Huitzilopochtli, se débarrassa de moi en me décapitant et en donnant mon corps en pâture aux caïmans. Mais mon esprit et mon âme ont survécus, et ont depuis ces temps immémoriaux voyagé dans le corps de ces infâmes créatures.

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