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Michel ZORDAN présente des extraits de ses romans. Il se laisse également aller à quelques réflexions sur l’actualité.

18 Apr

des nems sauce grabuge

Publié par Michel Zordan  - Catégories :  #Un auteur du Sud Ouest, #Michel Zordan, #Littérature, #Loisirs&Culture, #roman, #médias, #rentrée littéraire, #le net au pré

des nems sauce grabuge
des nems sauce grabuge

Samedi matin, je suis au rendez-vous pile à l’heure. Yuan Chan arrive sur l’instant. Elle est habillée d’un pantalon genre treillis, d’une chemisette légère en toile kaki, d’un blouson ample et de chaussures de marche. J’oubliais sa casquette des Spurs de San Antonio. Rien qui puisse à priori titiller ma libido. Je ne sais trop comment je dois lui dire bonjour, en lui tendant la main, ou en l’embrassant…sur les joues. Je fais dans la sobriété et lui tend la main. Elle la prend, mais en même temps elle se fend d’une petite courbette, que je lui rends immédiatement. Sans trop en connaître la raison, nous allons nous garer en bordure d’un bosquet, à seulement quelques centaines de mètres du golf de Xiong Li. Galanterie oblige, nous échangeons nos sacs à dos. Le mien ne contient que deux bouteilles d’eau et des fruits. Le sien, le pique-nique à la chinoise. Heureusement, j’ai avalé un bon petit-déjeuner avant de partir. Nous bordons le green qui ressemble plus à un terrain miné qu’à un terrain de golf. Les boutis des sangliers ont remué tant de terre que les dégâts des taupes paraissent insignifiants. Yuan Chan semble impressionnée par les travaux de terrassement opérés par la compagnie de bêtes noires.

Mais ce sont les taupes qui ont fait ça ?

– Les petits tas que tu peux voir, ici ou là, ce sont effectivement les taupes…et les gros trous qui dévastent tout, ce sont les sangliers. Les taupes sont de la taille de rats moyens ; les sangliers peuvent eux dépasser les 130 kilos.

Nous passons à côté du ruisseau que nous longeons sur quelques centaines de mètres. Yuan Chan s’émerveille de tout. Nous passons à côté du pré dans lequel les vaches de papa broutent.

– Suis-moi, je vais te présenter à Chirac…tu verras il est très sympathique.

– Chirac, c’est qui ?

– C’est un taureau, Chirac c’est son nom de baptême.

Chirac n’est pas taureau ordinaire, c’est un étalon de pure race blonde d’Aquitaine. Régulièrement il donne sa semence pour les inséminations artificielles. Je passe sous le fil de la clôture électrique et me retourne. Yuan Chan n’a pas véritablement l’intention de me suivre.

– N’ai pas peur, ce ne sont que des vaches et un taureau. Il n’est pas méchant, sauf avec ses congénères qui pourraient avoir des vues sur ses vaches. Ce n’est absolument pas mon cas, et il le sait. Allez viens…

Sans hésitation je me dirige droit sur Chirac, la Chinoise me suit s’est enfin décidée. Lorsque le taureau nous aperçoit, il nous regarde, sûrement pour nous identifier, puis il se dirige paisiblement vers nous. Je jette un coup d’œil sur Chan qui est en train de se liquéfier. Chirac est maintenant là, tout près. Je dois lui parler, il reconnaîtra ma voix. Je l’ai connu tout petit, je l’ai presque vu naître.

– Alors, Chirac tout va bien ?

Il tend son museau vers moi et je peux le caresser.

– À ton tour maintenant, tu ne risques rien, on est copain !

Je prends la main d’une Chan hébétée, au bord de l’apoplexie et la pose délicatement sur le museau de Chirac. L’animal comprend que son interlocutrice est tendue, qu’elle a peur. Alors il relève un peu la tête et lui lèche gentiment la main. Chan est surprise, mais quelques dixièmes de seconde plus tard, elle en rigole. Son rire est frais, spontané, franc, dénué de toute recherche d’intérêt. Je n’insiste pas trop et nous repartons pour notre périple.

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