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Michel ZORDAN présente des extraits de ses romans. Il se laisse également aller à quelques réflexions sur l’actualité.

11 Mar

La louve de Notre-Dame

Publié par Michel Zordan  - Catégories :  #Loisirs&Culture, #Littérature, #Un auteur du Sud Ouest, #roman

la louve de Notre-Dame
la louve de Notre-Dame

C’est en décembre de l’an 1275, le quatorze, qu’elle est signalée sans doute pour la troisième fois… Les deux premières c’était quelques années auparavant, du côté de Montgaillard, et de Xaintrailles. Mais peut-être s’agissait-il d’un gros chien de retour à la vie sauvage. Cette fois pas de doute c’est bien une louve, attention pas une louve sous forme de gravure sur un mur ou une pierre. Non, une bergère, Nicelle Terrobe, aperçoit à quelques mètres d’elle une vraie louve, faite de chair et d’os et plus certainement une louve pleine, prête à mettre bas. La cloche de l’église Notre-Dame de Villelongue vient de sonner les dix coups, la bergère garde ses trente brebis, et ses huit agneaux déjà bons pour la broche. Dans un pacage à deux pas du village de Vilalonga, le long du ru de Laribot qui se jette dans la Baïse. Prise de panique, abandonnant ses bêtes, Nicelle Terrobe traverse le ruisseau, l’eau est assez haute, mais que nenni, elle se réfugie dans la première maison. L’alerte est donnée, une battue s’organise. À cet endroit pas de forêt, quelques bosquets tout au plus. L’animal sera repéré facilement, il suffira alors de le rabattre contre la Baïse, ou même de le faire descendre dans le ru et de l’empêcher de fuir.

Nicelle partit en courant à travers champs avertir Gauthier Valdemar, le lieutenant de louveterie du seigneur de Montgaillard, Jourdain de l’Isle, héritier de sa tante Vianne de Gontaut-Biron. C’est Gauthier et Gauthier seul qui pourra occire la bête noire. Mais il n’y a pas de temps à perdre, les brebis et les agneaux sont en grand danger et c’est le forgeron Adelphe Fromentin qui prit la tête de la demi-douzaine d’hommes armés de fourches et de faux. Adelphe Fromentin s’arma d’une lance. Il en avait quelques-unes en réserve, plus quelques épées, haches et autres fléaux. Alors tout jeune forgeron, c’est lui qui avait forgé les armes de Vital de Gontaut-Biron, l’ancien seigneur de Montgaillard et des seigneurs de Xaintrailles. Mais sa clientèle s’étendait dans toute la contrée et même jusqu’en Béarn. Un autre détail d’importance, Adelphe Fromentin pesait ses deux cent trente livres et dépassait largement la toise.

C’était son aïeul Adhémar qui avait forgé les armes d’Amanieu II, sire d’Albret avant son départ pour la première croisade en 1096. À l’occasion, Adelphe estourbira la bête et Gauthier Valdemar n’aura plus qu’à l’achever pour recevoir la prime. Les loups n’étaient pas légion dans la région et du haut de l’insolence de ses dix-huit ans, le lieutenant de louveterie passait le plus clair de son temps à surprendre les braconniers. À chasser à courre les renards, les chevreuils, le cerf ou même sus scrofa, le sanglier, et à conter fleurette aux bergères. Pas qu’aux bergères d’ailleurs.

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