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Michel ZORDAN présente des extraits de ses romans. Il se laisse également aller à quelques réflexions sur l’actualité.

15 Feb

Les raisons de l'exil

Publié par Michel Zordan  - Catégories :  #Littérature, #roman, #Un auteur du Sud Ouest, #les exilés de l'arcange, #Loisirs&Culture

les raisons de l'exil
les raisons de l'exil

Chapitre premier – La ferme de L’Arcange

– Bonjour monsieur Lastruc, bonjour madame Lastruc… Mathilde, pas trop dur le travail ? Pour toi, c’est sûrement plus facile que l’école ! Nous avons appris que tu y retournais encore cette année, tu es vraiment très courageuse ! Ça te fait quel âge déjà ? 14, 15 ans ? Ah oui, quand même ! Nous, ça va, on s’est bien amusés !

Pour Mariéta et moi, c’était devenu un jeu. Nous prenions un malin plaisir à saluer bien bas les habitants du village, qui n’acceptaient pas de nous voir vivre parmi eux. Ça les obligeait ainsi à nous rendre le bonjour. Parfois, certains se défilaient, mais dans l’ensemble notre stratagème fonctionnait plutôt bien.

Ce lundi 18 août, nous revenions à pied de Villeneuve-de-Floréal. La veille, dimanche, la grande fête annuelle avait eu lieu. Pour le curé et l’instituteur, il était de coutume, en ces lendemains de réjouissances, d’organiser des jeux pour les jeunes. Sûrement une façon de nous soustraire quelques heures de plus aux travaux des champs. Antoine et Simon, les deux fils Letémoin, et Christiane, la fille Lemoine, nous accompagnaient. Il faisait très chaud, mais un vent assez fort, soufflant du sud-est, venait tempérer l’atmosphère. Un peu avant notre départ du village, à la tour de l’horloge de Floréal, la sirène avait sonné trois fois. Il ne se passait pas un été sans qu’un imprudent laisse un feu de chaume dégénérer. C’était le châtelain, Isidore Clément, qui, convoitant la mairie, avait offert cette sirène ainsi qu’un vieux camion de pompiers. Malheureusement pour lui, son cœur, éprouvé plus que de raison par quelques belles, s’était arrêté de battre huit jours seulement avant l’échéance. Sur le bord de la route, nous étions tombés nez à nez avec les Lastruc, de la ferme du Tachou. Leur fille Mathilde allait, comme nous, à l’école de Floréal. Pas très futée la Mathilde, maintenant âgée de presque 15 ans et après avoir maintes et maintes fois redoublé, elle était toujours en première année. Malgré les efforts de nos instituteurs, monsieur et madame Sourtis, nul n’ignorait que la pauvre n’atteindrait jamais la classe du certificat. Mais ses parents s’acharnaient et croyaient encore au miracle. La famille au grand complet épamprait la vigne. Nous les avions salués, mais c’était juste pour les embêter un peu. Les Lastruc étaient de ceux qui considéraient que les immigrés que nous étions n’avaient rien à faire en France. En plus, nous venions d’emménager dans notre propre ferme, à L’Arcange, alors qu’eux n’étaient que de simples métayers. Leur jalousie et leur rancœur à notre égard n’avaient fait que croître. Après avoir houspillé la Mathilde qui traînassait un peu, et sans même nous regarder, Sylvain, le père, marmonna quelques mots en patois, puis se remit au travail. C’est à ce moment-là que la Peugeot 201 des gendarmes nous dépassa et s’arrêta à quelques mètres. L’un des deux hommes à bord, que j’avais déjà croisé au bourg de Floréal, en sortit et se dirigea droit vers nous. Apparemment, il savait qui nous étions puisqu’il s’adressa directement à Mariéta.

– Bonjour mademoiselle Montazini, je suis le chef Laterre. Avec mon collègue, nous nous rendons à L’Arcange pour voir votre père. Si vous le souhaitez, nous pouvons vous raccompagner avec votre frère ?

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