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Michel ZORDAN présente des extraits de ses romans. Il se laisse également aller à quelques réflexions sur l’actualité.

05 Feb

Gaillard, Seigneur de Saint-Cirq

Publié par Michel Zordan  - Catégories :  #Un auteur du Sud Ouest, #Michel Zordan

Gaillard,Seigneur de Saint-Cirq

Je m’assieds à côté d’Odard, face à la grande salle. Je remarque alors que le mobilier, tables et chaises sont à la taille des membres du clan, surnommés les ogres. D’où le nom de la taverne. Derrière un comptoir, veillant au grain, deux ogresses engrangent les recettes. Seuls les clients mâles, les attractions femelles, et les serveurs semblent être des gens ordinaires. Le peuple des petits exploitant le peuple des grands. Une revanche en quelque sorte.

Je passe la matinée à observer, puis vint l’heure du dîner. Autour d’une table nous nous installons une bonne douzaine. Se passe alors une chose un peu étrange. Altiq se penche à l’oreille d’Odard et lui murmure quelques mots. Le chef du clan se tourne vers moi.

– Gaillard mon brave, un peu de chrétienté ne nous fera pas de mal. Nous t’écoutons, dis ta prière.

Sans attendre et comme j’en ai l’habitude avant tous les repas, je récite le bénédicité : – Seigneur, bénis ce repas, ceux qui l'ont préparé, et procure du pain à ceux qui n'en ont pas. Ainsi soit-il ! Tous les convives, mains jointes m’écoutent religieusement. Le dernier mot prononcé, Odard donne le signal et tous se jettent sur la nourriture qui recouvre la table.

– Vas-y petit, ne te laisse pas impressionner, il est temps de faire bombance, la ripaille est pour vous. Pour le retour de notre ami Altiq et pour ton arrivée parmi nous. Le festoyer doit être joyeux, demain sera un autre jour.

Comme à l’auberge de Floirac, je mange trop. Odard me verse même un fond de vin. Après le repas, complètement flapi, l’un des ogres m’accompagne dans une chambre, à l’étage. À peine à l’intérieur, il referme la porte à clé. Je remarque alors les barreaux à la fenêtre. Peut-être pour empêcher les voleurs de pénétrer, où les invités de s’échapper ? Je passe l’après-midi à dormir et même plus. Lorsque je me réveille, la nuit est déjà passée. Quelques instants plus tard, la clé tourne dans la serrure, la porte s’ouvre, le même ogre me fait signe de le suivre. Descendant l’escalier, je tente de nouer le contact, peine perdue, bouche cousue. Il m’accompagne aux cuisines. C’est alors que je comprends que l’ogre est muet. Ici aussi les ogresses règnent en maîtres. Il y a bien cinq jeunes femmes ordinaires, mais leur rôle consiste juste à obéir. Par geste, l’ogre me fait servir une grande bolée de lait, avec deux grandes tartines de pain beurrée, recouvertes de confiture. Puis il s’installe face à moi, attendant que j’en termine. Il m’accompagne ensuite dans une salle, assez vaste et très éclairée.

Devant moi une quinzaine d’ogres s’affairent. Je comprends qu’ils s’entraînent à larciner et à combattre. Ici point de duel épée contre épée. Non, ici tout est fait pour ruser un adversaire bien plus grand. Plusieurs formes d’hommes ordinaires sont installées, soit debout ou assis sur une chaise, soit sur un destrier. On y retrouve, manant et vilain, mais également le seigneur et la gente dame au marché. Le commerçant derrière son étal, l’homme en arme, à pied ou à cheval. Altiq a dû s’entraîner ici. Je comprends maintenant mieux comment il avait su se débarrasser du gredin qui nous pourchassait. Lorsque je sens une main sur mon épaule je me retourne en sursaut. Odard est là.

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