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Michel ZORDAN présente des extraits de ses romans. Il se laisse également aller à quelques réflexions sur l’actualité.

13 Feb

du foin sur le green

Publié par Michel Zordan  - Catégories :  #Littérature, #roman, #Un auteur du Sud Ouest, #Loisirs&Culture

du foin sur le green
du foin sur le green

L’enquête de gendarmerie et de police n’est toujours pas terminée, mais à Saint-Jean l’ordre semble maintenant régner. Sauf dans ma tête où la confusion domine encore. J’ai repris mon travail à Bordeaux, mais les grosses baffes que j’ai reçues ont désorganisé mon cerveau, un peu à la façon d’un ordinateur ayant ingurgité une très forte surtension suite à une attaque de foudre. Il me fallait maintenant réinitialiser le système, mais je n’arrivais pas à me connecter pour les mises à jour. L’analyse entreprise chez un psy n’a pas donné grand-chose, peut-être a-t-elle même ajouté à la confusion. Le docteur Espinasse, médecin de famille de Saint-Jean, m’a simplement conseillé de donner du temps au temps : « Tu sais petit, le cerveau moins on y farfouille et mieux c’est. Ta thérapie c’est ta famille, tes amis, les vrais, la campagne de Saint-Jean, et le Bouscarot. Ne bouscule rien, tout était dans l’ordre avant cette dramatique histoire et tout reviendra comme avant. Le seul médicament qu’il te faille, c’est du temps. »

Je m’accorde quelques lignes pour vous présenter ma famille, le village (pardon, le bourg) et les faits qui m’ont valu quelques désagréments. Si vous souhaitez entrer tout de suite dans le vif du sujet, RDV directement page 18.

Amélie et Marcel Beaumont (mes parents) m’ont baptisé Martial, je suis leur unique et plus bel enfant. Né il y a vingt-huit ans, j’ai grandi au Bouscarot, une petite ferme située sur les coteaux au sud de Saint-Jean. Je ne l’ai quittée qu’après mes études et travaille maintenant à Bordeaux, dans le négoce du vin. Il m’est impossible de véritablement couper le lien qui me relie à cette maison et à cette campagne. Revenir au Bouscarot, c’est pour moi comme une retrempe de l’âme, c’est mon univers d’enfant, et mes racines y sont profondément ancrées. Toute mon enfance je l’ai passée à courir dans les champs, les prés et les bois. J’ai une passion immesurée pour la nature, la vraie, pas celle aménagée par l’homme. Cette campagne je l’ai dans la peau et je n’éprouve de véritable sentiment de liberté que lorsque je suis au Bouscarot. Je connais tous les recoins de la commune par cœur. J’y reviens régulièrement, au moins deux fois par mois. L’automne est ma saison préférée, et, dès septembre, je m’y réfugie tous les week-ends. Cette maison du Bouscarot, je ne peux imaginer que mes parents puissent un jour s’en séparer. Dans quelques années, sans doute, j’aurai une famille, et ensemble nous y passerons de nombreux week-ends. Mais, j’aime bien ma vie sans contraintes d’aujourd’hui, y a donc pas d’urgence.

De plain-pied, élevé en pierre du pays, le bâtiment principal jouxte le petit pigeonnier qui est devenu mon domaine réservé. Pendant très longtemps, il avait accueilli des pigeons et des poules dans sa partie basse. Lorsque je suis parti travailler à Bordeaux, papa et maman l’ont fait aménager juste pour moi. Par la fenêtre, de mon lit installé dans la mezzanine, j’ai une vue dégagée sur la garenne et ses vieux chênes. Au rez-de-chaussée, le petit salon ne dispose, outre la porte d’entrée, que d’une lucarne de forme arrondie. Chaque fois que j’y reviens, j’ai l’impression de rentrer dans un nid, mon nid. Je crois bien que mes parents, surtout maman, ont voulu me transmettre un message : « Ici tu es chez toi, tu es libre d’y venir et d’y amener qui tu veux », enfin la jeune fille que tu auras choisie pour faire nos petits-enfants. Au grand désespoir de maman, ce n’était absolument pas ma préoccupation première à ce moment.

Devant la maison, le banc en pierre que mon grand-père avait installé est toujours là. Chaque fois que je le regarde, des souvenirs envahissent mon esprit. Je me rappelle le vieil homme qui, assis dessus, me prenait sur ses genoux pour me raconter des histoires (un peu d’émotion, ça fait pas de mal). Et puis un jour ce fut mon père qui me prit sur ses genoux, m’expliquant alors que le grand-père nous avait quittés pour aller se reposer au ciel. Il prenait la suite, et ses histoires remplaçaient celles du grand-père. Un jour, moi aussi je prendrai mon petit garçon ou ma petite fille sur mes genoux pour lui raconter des histoires.

Dès qu’il faisait beau, maman dressait la table sous le vieux tilleul. Le soir nous y discutions jusqu’à plus d’heure. Non, jamais je ne pourrai me séparer de cette maison (attention mon bonhomme, tu deviens trop sentimental, faut réagir, sinon…).

Pour ce qui est du bourg de Saint-Jean/Automne, il ressemble à tous les bourgs du Sud-0uest, à quelques nuances près.

En quelques mois, notre village avait acquis une notoriété certaine, et même, durant l’hiver, de nombreux touristes faisaient le détour. Cette célébrité soudaine avait pour effet de faire gonfler le nombre des personnes voulant y résider. Pour les habitants c’était selon. Pour ceux qui pensaient n’avoir rien à gagner (sinon des em…), une grande part de responsabilités incombait au père Deslandes et à son épicerie.

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