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Michel ZORDAN présente des extraits de ses romans. Il se laisse également aller à quelques réflexions sur l’actualité.

31 Dec

Des nems sauce grabuge

Publié par Michel Zordan  - Catégories :  #Édition ; culture ; littérature ; livre ; lecture ; écrivain ; critiques ; roman ; salon du livre ; Michel Zordan ; romans de terroir ; libraires ; librairie ; écriture ; prix littéraires

Ping pong fatal
Ping pong fatal

Je comprends à sa façon de s’asseoir très calculée que ses intentions sont une fois de plus de me mystifier. Comme à notre première rencontre se dégage de cette jeune femme quelque chose de très particulier. Sûrement pour recréer l’atmosphère de cette première fois, elle bouge beaucoup sur sa chaise. Toujours de petits mouvements, qui se voudraient sans importance.

– Depuis que vous êtes assise là, face à moi, ça va très bien. Vous êtes passée au golf ? Votre sœur s’y trouve ! Elle s’est bien remise, j’en suis heureux. Et vous… J’ai essayé de vous joindre au téléphone, mais vous avez changé de numéro…

Elle ne répond pas à ma question, mais poursuit son œuvre de déstabilisation, en croisant et recroisant sans cesse ses longues jambes. Dans ma tête le panneau « attention danger » ne cesse de clignoter à l’orange bien mûr, et bientôt une petite voix l’accompagne. La petite voix m’avertie que la fille représente toujours et peut-être même plus encore un danger, et que je ne dois pas laisser ma libido gambader sans contrôle. Ça va j’ai compris, je me suis fait piéger à deux ou trois reprises, mais la leçon a porté, et maintenant je gère. D’ailleurs la dernière fois, cela ne s’est pas trop mal passé. Puis son parfum prend le relais, léger mais en même temps très envoûtant, ensorcelant, troublant. Je dois redoubler de vigilance. Le panneau passe rapidement au rouge. La sirène ne retentie pas encore, mais c’est limite, le flash n’est plus très loin. Martial fait gaffe aux points sur ton permis ! Karine qui a compris que quelque chose de très spécial est en train de se passer est repartie penaude vers son comptoir. La demoiselle Yuan Chan poursuit ses petits effets. Pas de grands mouvements, mais ils sont brefs et incessants. Ses gambettes se font et se défont à un rythme très calculé et parfois très haut. Peut-être la chaise après tout ! L’ancien ne convient pas à tout le monde. Mais pour quelle raison croise-t-elle ses jambes aussi haut ? Mon bonhomme, si tu n’as pas encore comprit ça, c’est que ton cerveau est déjà frit. Réagit et vite ! Réagir, d’accord, mais ce n’est pas si simple, parce que je ne comprends pas pourquoi Chan se comporte de la sorte. Nous poursuivons notre échange qui n’est pas du plus grand intérêt. Nous meublons, et dans l’état ou je me trouve ce n’est déjà pas si mal. Elle utilise le vous, mais c’est peut-être pour recréer un peu de distance, ou peut-être pour … Le souvenir de notre périple à la découverte de la campagne de Saint-Jean et notre face à face torride au milieu du champ de trèfle rouge m’empêche d’y voir clair. Martial c’est pourtant simple, si cette fille ressurgie, et tente de te vamper, c’est que quelque chose se prépare. J’en suis conscient, mais quoi ?

– Chan pourquoi voulez-vous repartir aussi vite, vous n’avez rien dit. Vous savez, ici tout est rentré dans l’ordre, j’ai rencontré Zhijang Shi. Tout a repris comme avant.

Un hypnotiseur sait que pour réussir à hypnotiser, le sujet doit jouer le jeu, ou du moins ne pas trop résister. La jeune femme a compris que je suis sur mes gardes et ne reste pas assise plus de cinq à six minutes. Elle est là debout, mais hésite à repartir, comme si elle souhaite que je la retienne. Mon regard cligne vers le bas de sa robe qui remonte encore très haut sur ses cuisses. Je remarque ses boots noirs à quatre boucles et semelles à talons hauts, qui contrastent du tout au tout avec sa robe fuchsia. À notre première rencontre elle était chaussée de boots qui ne comportaient que trois boucles. Mon cerveau est certes embrumé, mais vous pouvez constater que je fais attention aux détails. Sa coiffure aux cheveux raides colorés d’un rouge cuivré aussi est différente. Cette fois, elle cache l’œil droit, seul le gauche est visible. Un très bref instant un timide petit sourire éclaire la commissure de ses lèvres. C’est un jeu, mais elle le joue bien. La question est : juste coquine, ou bien garce… j’ai encore du mal à y voir clair.

Machinalement comme à notre première rencontre, elle me tend une carte, que je prends. Puis elle se tourne et s’éloigne, balançant son petit fessier de façon pas tout à fait naturelle. Son déhanchement ressemble plus encore à un leurre très coloré pour carnassier, manipulé par une main experte dans des eaux un peu troubles. Milles excuses, j’ai déjà utilisé cette formule mais je la trouve très appropriée. J’ai une envie folle de la rappeler, de me lever et de lui courir après. Martial, tu dois sur le champ faire appel à toute ton énergie renonciatrice, tu dois te faire violence, après il sera trop tard. Ça s’est la petite voix qui me parle, mais je n’ai pas envi de l’écouter, et puis… j’obtempère. Je jette un œil à la carte, seuls y figurent, son nom, avec un numéro de portable. Sûrement son nouveau. Je la glisse dans la poche de mon jeans. C’est le parfait remake de notre première rencontre, ici même, il y a quelques semaines. La suite va-t-elle être du même tonneau ?

– Vous prendrez quoi monsieur Beaumont ?

– Dis-moi jolie fille, tu fais quoi ce soir après ton service ? On pourrait peut-être passer un peu de temps ensemble !

– Martial, tu as pris un râteau sévère avec la chintok, mais tu ne perds pas le Nord ! L’exotique est en pénurie, alors tu te rabats sur le local…

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