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Michel ZORDAN présente des extraits de ses romans. Il se laisse également aller à quelques réflexions sur l’actualité.

25 Jan

les prémices

Publié par Michel Zordan  - Catégories :  #Édition ; culture ; littérature ; livre ; lecture ; écrivain ; critiques ; roman ; salon du livre ; Michel Zordan ; romans de terroir ; libraires ; librairie ; écriture ; prix littéraires

les prémices

Après avoir été dans l’obligation de faire abattre le pauvre Balourd, Antoinette Rosannés avait décidé de garder un nouveau taureau. Elle nous avait laissé le soin, à Amandine et moi, de lui trouver un nom. Comme il était toujours en train de téter, nous l’avions d’un commun accord baptisé « le Goinfre.»

En quelques mois seulement l’animal était devenu un magnifique taurillon, dépassant largement les quatre cents livres. Il était très joueur, sauf avec Patou et Victor qui prenaient, eux, leur rôle de gardien très au sérieux. Pas question de pactiser ou de fraterniser avec l’adversaire. Nous n’hésitions pas à lui rendre visite, et lorsque nous arrivions au pacage, il nous reconnaissait de loin et arrivait tête haute, au galop. Ses cornes prenaient maintenant une bonne envergure, son poitrail s’élargissait et sa toison devenait plus foncée. Au fil des jours et des semaines, ses jeux nous paraissaient de plus en plus rugueux. Malgré son très jeune âge, gare aux intrus qui se permettaient de fouler sa pelouse.

Je me trouvais à Floréal, chez Félicien et Marthe Departout, propriétaires de l’épicerie, droguerie, quincaillerie, lorsque je vis arriver Sylvain Lastruc. Il entra sans même me saluer ; moi, je le gratifiai et juste pour l’embêter, d’un « bonjour monsieur Lastruc ». Il semblait assez nerveux et il expliqua à Félicien que « ces salopiaux d’oiseaux » lui volaient toutes ses plus grosses fraises. Il voulait des graines empoisonnées pour s’en débarrasser. J’eus envie d’éclater de rire, mais je devais absolument me contenir. Seul un petit sourire éclaira mon visage, cela suffit à Marthe Departout pour me percer à jour. Elle profita de l’occasion pour s’amuser un peu.

– Alors Sylvain, tu as des ennuis avec les pies et les geais ? Tu n’es pas le premier à qui ça arrive, et en plus, ces bêtes sont de plus en plus intelligentes, elles ne prennent que les grosses. Fichtre, pour nourrir les petits au nid, elles ont moins de voyages à faire.

Alors que je passai devant la boutique de madame Gourdes, j’aperçus la belle Pierrette à la caisse. Pierrette était la fille de la buraliste, elle devait être âgée d’une trentaine d’années. Je ne savais pas exactement où elle habitait, ni même le métier qu’elle exerçait, mais elle était superbement dessinée et sa gentillesse ne me laissait pas insensible. Elle n’était, à ma connaissance, pas mariée, et venait de temps à autre au bourg. Des rumeurs laissaient entendre qu’elle changeait souvent de fiancé, ce qui lui valait la rancœur de la plupart des femmes de Floréal. J’entrai la saluer.

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