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Michel ZORDAN présente des extraits de ses romans. Il se laisse également aller à quelques réflexions sur l’actualité.

26 Jan

les grands tourments

Publié par Michel Zordan  - Catégories :  #Édition ; culture ; littérature ; livre ; lecture ; écrivain ; critiques ; roman ; salon du livre ; Michel Zordan ; romans de terroir ; libraires ; librairie ; écriture ; prix littéraires

les grands tourments

Amandine venait d’arriver au château Tourne Pique avec ses parents. Je la guettais depuis plus d’une heure et la vit s’avancer vers moi dans une magnifique robe bleue. J’étais très agréablement surpris. Je ne pouvais pas exactement dire ce qui avait changé en elle, mais ma blondinette m’apparaissait maintenant comme une jeune fille. Elle avait certes presque quatorze ans et demi, mais en deux mois elle s’était magistralement transformée. Elle s’approcha de moi et tourna sur elle-même comme pour se faire admirer.

– Alors, tu me trouves comment ?

– Ce n’est pas mal, tu vas à un bal ?

– C’est tout ce que tu trouves à dire ? Je me suis faite belle pour toi ?

Pour toute réponse, je l’enlaçai et déposai un baiser sur chacune de ses joues. Amandine resta ainsi un long moment dans mes bras. Même ce contact était différent, encore différent de celui que nous avions eu lors de notre séance de baignade l’année passée. Ma blondinette déposa un petit baiser sur mes lèvres. Pourtant…

– Tu es très belle, Amandine, vraiment très belle !

– Tu m’aimes alors ?

– Je ne sais pas encore vraiment !

– Et tu le sauras quand ?

– Tu sais, l’important c’est d’être ensemble. J’ai à peine plus de quinze ans, et toi pas encore quinze, ça peut attendre un peu !

Amandine ne répondit pas, pour le repas elle s’installa face à moi. À ses yeux, étais-je un jeune homme ou encore un garçon ? Je me rassurai un peu en repensant à la façon dont elle avait déposé ce baiser sur mes lèvres. J’avais quand même l’impression que quelque chose la tracassait. Moi, il y avait autre chose qui me tracassait.

– Sylvio, tu as à peine touché à ton foie gras, tu es malade ?

– Non, non, papa, je pensais au grand-père de Gaston, j’espère que ce n’est pas grave !

– Ne t’inquiète pas, l’homme a de la ressource.

Avant de servir le désert madame Éliette nous annonça la grande nouvelle, elle était enceinte. Le petit Édouard allait avoir un petit frère ou une petite sœur avant la fin de l’année. Tout le monde la félicita, sauf le jeune Édouard qui ne manifesta aucun sentiment. L’impression était que cette bonne nouvelle le laissait complètement indifférent. Il est vrai qu’il avait vécu plus longtemps chez sa grand-mère que chez ses propres parents. Il ne voyait son père que huit à dix jours par an, et encore, et sa mère à peine trois mois. Sa grand-mère était certes très gentille avec lui, sûrement même trop, mais quelque chose manquait à ce garçon et il s’était un peu confié. Il ne comprenait pas vraiment pourquoi ses propres parents n’avaient trouvé d’autre solution que celle de le laisser vivre à Poitiers, loin d’eux. Alors la venue d’un petit frère ou d’une petite sœur qui vivrait sans doute, lui, chez ses parents le laissait complètement indifférent.

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